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Article rédigé par :

Amèle Debey

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«On risque de voir arriver des confinements climatiques»

Eric Verrecchia est biogéochimiste. Il a été professeur ordinaire à l’Université de Neuchâtel, puis de Lausanne avant de prendre une retraite anticipée, en partie à cause de ce qu’il considère comme une trahison des clercs académiques sur le sujet du réchauffement climatique. Muni d’une double formation de géographe et de géologue, cet ancien chercheur au CNRS regrette le catastrophisme ambiant et considère le changement climatique comme une opportunité plutôt que comme une menace. Interview à contre-courant.

Eric Verrecchia
© DR

 

Amèle Debey, pour L’Impertinent: Vous avez longtemps travaillé dans le sens de l’avis majoritaire au sujet du réchauffement climatique, puis vous avez changé d’avis. Pourquoi? A quel moment vous êtes-vous dit que quelque chose clochait dans les informations relayées?

 

Professeur Eric Verrecchia: En 2003, j'avais été invité pour donner une conférence aux Swiss Global Change Day. Mon équipe avait même reçu le prix du meilleur poster dans la catégorie Environnement. C’est vous dire à quel point j’adhérais au narratif du changement climatique d'origine humaine. J'ai reçu de nombreux financements, à la fois de l'Europe et du Fonds national suisse, pour travailler sur les thématiques de carbone dans les sols et la transformation du carbone continental au cours de l’histoire récente de la Terre.

 

Et puis en 2016, j’ai lu un article à propos de la hausse des températures que j'ai trouvé troublant. Il démontrait que, statistiquement, ce qu’on affirmait était contestable. Ce papier a fait l’objet d’une levée de boucliers que je n’ai pas comprise. Je me suis aperçu qu’il y avait de plus en plus de contributions rejetées parce qu’elles n'étaient pas conformes à la doxa. En tant que scientifique, je ne peux pas admettre que l’on rejette sans argumenter.


«Il n’y a pas de quoi s’alarmer au sujet des fluctuations actuelles»

 

Le déclic final est venu d’un travail effectué par un chercheur extraordinaire de Stanford, Patrick Frank, qui a eu beaucoup de mal à le publier. Il a d’ailleurs habilement rendu publics les comptes-rendus des différents refus qu’il avait reçus, à savoir les commentaires des rapporteurs chargés d’évaluer le manuscrit en vue d’une publication. C'était affligeant. On pouvait y constater clairement l’injonction d’obéir à la doxa. Et ça, c’est incompréhensible pour un scientifique. C’est ce qui m’a poussé à creuser encore davantage.

 

J'ai commencé à regarder les rapports du GIEC, à étudier les données disponibles. Et le bilan soulignait clairement un réchauffement, mais qui n’était visiblement pas alarmant et que nous en avions déjà connu dans le passé. En tant que géologue, j'ai travaillé sur le Paléocène, l’Eocène, ou le Quaternaire... sur bien des âges différents de l’histoire de la Terre, et il n’y a pas de quoi s’alarmer au sujet des fluctuations actuelles. Mais ce que j’ai trouvé le plus préoccupant était l’incrimination systématique du CO2 d’origine humaine comme unique cause de ce réchauffement.

 

Mais ne voit-on pas, par exemple, les océans se réchauffer, selon vous?

 

Si, si, les océans se réchauffent actuellement. Et la seule façon de réchauffer véritablement un océan, c'est de le faire via les ondes courtes, c'est-à-dire le rayonnement solaire. Ce n’est pas l’atmosphère qui réchauffe l’océan, c’est l’inverse. Le réchauffement des océans reste un processus complexe mais qui reste inféodé à la quantité de chaleur que l’océan reçoit du soleil. La variabilité de la couverture nuageuse pourrait aussi jouer un rôle notable. De magnifiques études sont sorties sur ces deux points. Mais elles ne semblent pas susciter l’intérêt des médias.

 

Si je comprends bien: selon vous, il y a bien un réchauffement climatique, mais il n’a rien d'alarmant et, surtout, il n'est pas d'origine humaine?

 

Il y a bien un réchauffement climatique. Il est très difficile de savoir à quel point l’espèce humaine l’influence. Si l’on se limite à une influence via les émissions humaines de CO2, alors celle-ci reste mineure, parce que la part du cycle du CO2 dirigée par la nature reste prépondérante.

 

Pourtant, les catastrophes naturelles sont en augmentation, non?

 

Ce n’est pas ce que montrent les données. Il n’y a pas de tendance à l’augmentation des incendies de forêts, que ce soit au Canada ou aux Etats-Unis. Là-bas, où l’année dernière est réputée comme la plus chaude jamais enregistrée, l’aire brûlée s’est avérée être la plus faible depuis 1998 et très en dessous de la moyenne des dix dernières années. Si l’on regarde les données de Copernicus, c'est-à-dire les données de l’Union européenne, au total, les aires brûlées diminuent ou stagnent depuis 1980 en Italie, en France, en Espagne, en Grèce, et au Portugal, et la somme totale des aires brûlées européennes est à la baisse.


«Le nombre de victimes liées aux catastrophes naturelles a chuté»

 

Même chose en ce qui concerne les sécheresses: aucune tendance discernable. Aucune donnée alarmante non plus sur les cyclones. En résumé, d’après le rapport des Nations Unies sur la réduction du risque des désastres (UNDRR), les catastrophes météorologiques et climatiques ne progressent nullement. Et le nombre de victimes liées aux catastrophes naturelles a chuté de façon vertigineuse depuis un siècle, et ce, malgré l’augmentation considérable de la population humaine. Il suffit de regarder les données pour se rendre compte que le narratif officiel pose un problème.

 

Pourquoi est-ce que, comme vous semblez le penser, les médias grossissent le trait pour manipuler l’opinion sur ce sujet? Dans quel but?

 

Posez-leur peut-être la question. Comme je l’ai démontré lors de ma dernière conférence, le site de la RTS énonce des inexactitudes sur le CO2. Je n’ai rien contre les scientifiques qui servent de caution à la RTS, mais certaines affirmations sont clairement fausses. Pour rappel, le temps de résidence du CO2 n’est pas 100 ans comme le prétend la RTS sur son site, mais d’environ 4 à 5 ans comme l’écrit le dernier rapport du GIEC en page 2237. La confusion entre temps et résidence et temps d’adaptation est une erreur grave et désinforme le public.


«Aujourd'hui, on refuse la complexité parce qu'on veut s'exprimer en 240 caractères»

 

De même, chaque pic de température est présenté comme un effet du changement climatique en oubliant qu'il s'agit simplement d'un fait météorologique, souvent local, lié à aux variations du champ de pression atmosphérique. Cette propension à constamment relier les moindres soubresauts du temps qu’il fait au changement climatique d’origine humaine devient préoccupante car cela repose sur une approche erronée du climat.


Et cette attribution concerne tout un tas de phénomènes observés et interprétés sous le regard du changement climatique d’origine humaine. Comme l’a déclaré le prix Nobel de Physique 2022, John Clauser, le changement climatique d’origine humaine est devenu le bouc émissaire de quantités de maux qui n’ont aucun rapport. Et cela prend des proportions absurdes.

 

On constate cependant que l’être humain maltraite la planète et surexploite ses ressources. La religion climatique encourage une prise de conscience nécessaire des humains face à leur environnement, non?

 

Ce sont deux choses différentes. Déjà, il n'y a pas de limites planétaires. C'est un concept sans consistance qui vient d’une approche pseudoscientifique, tout comme la notion de «point de basculement». Mais cela n'empêche pas qu’il faille prêter attention à la façon dont, par exemple, on exploite nos sols.


Avoir une agriculture qui soit la plus préservatrice possible me semble être un objectif tout à fait louable. Mais on ne l’atteint ni par des solutions simplistes, ni en attaquant de front les agricultrices et les agriculteurs qui font tout leur possible pour nous nourrir sainement et avec abondance. Tout n’est pas blanc ou noir. Or, aujourd'hui, on refuse la complexité parce qu'on veut s'exprimer en 240 caractères. Il y a là un sérieux problème.

 

En quoi les sujets du Covid et du climat se rejoignent, selon vous?

 

Ce qui me paraît le plus problématique, c’est le risque de dérive totalitaire dans notre société, à savoir qu’on finisse par ne plus respecter les droits individuels sous prétexte d'une urgence imaginaire ou d’un danger fantaisiste.

 

L’ONU diffuse déjà des slogans tels «la crise climatique est aussi une crise sanitaire». Nous ne serons donc pas à l’abri de plus en plus de contraintes, voire de confinements climatiques. Il faut rester très vigilant sur ce genre d’amalgame.

 

Comme pour le Covid, tout un jeu de pouvoir s’est développé où nos connaissances actuelles ont été érigées en doxa et instrumentalisées à des fins idéologiques, politiques, et économiques. Et ce jeu n'accepte plus aucune remarque de ceux qui n’adhèrent pas totalement au discours.

 

Vous avez travaillé pour TotalEnergies, ne seriez-vous pas un peu en train de prêcher pour votre paroisse?

 

J’ai fait trente-cinq ans de recherches financées essentiellement par des organismes publics, par exemple le Fonds national suisse de la recherche scientifique, le CNRS ou les fonds européens. Au-delà de ça, via mon université, j’ai reçu partiellement des fonds de recherche de TotalEnergies pour deux ans, pour évaluer des puits de carbone durables dans les forêts tropicales. Rien à voir avec les énergies fossiles.

 

Quand vous m'avez contacté il y a quelques mois, vous disiez avoir pris une retraite anticipée car «l'ambiance universitaire actuelle et celle de la science en général» ont eu raison de votre résistance. Que vouliez-vous dire par là?

 

Le milieu universitaire est en train de changer, et non en s’améliorant. Pour moi, il avait toujours été un lieu privilégié dans lequel on pratiquait des controverses ouvertes, où on visait à faire avancer la réflexion avec l’objectif de toujours essayer de faire un pas vers l’autre. Aujourd’hui, il est clair qu’un dialogue ouvert sur le sujet du climat est devenu impossible dans le monde académique.

 

Pour la petite anecdote: la dernière année de mes enseignements, après l’un de mes cours, une jeune étudiante était restée seule dans l’amphithéâtre et s’est approchée de moi. Puis, elle a éclaté en sanglots. Elle m’a dit: «Vous ne pouvez pas savoir comme vous m'avez fait du bien avec ce cours.» Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu: «J’étais persuadé que c'était fini, qu'on n’avait plus d’avenir». L’écoanxiété de ces jeunes m’est alors apparue dans une proportion que je n’avais pas imaginée.

 

Je me suis fait la réflexion que, si même à l’université on en arrivait à générer une telle anxiété, par ailleurs non fondée, c’est que le problème s’avérait sérieux, parce que l’on est en train de détruire l'espoir de la jeunesse. Ce qui revient à détruire une société.

 

«Ce n’est plus la vérité qui intéresse une partie des scientifiques, mais simplement l'illusion avec laquelle ils ont envie de vivre»

 

Aujourd'hui, les positions restent quasiment figées dans le milieu universitaire et cela me devenait difficile à vivre. Donc, je me suis dit que j’allais faire autre chose, poursuivre mes recherches de manière indépendante et essayer d’aider ces jeunes à affronter l’avenir plus sereinement.


L’un des moyens serait par exemple de donner des conférences publiques, de prévenir les médias quand c’est possible, avec une certaine modestie tout de même. Je n’ai pas la science infuse et je peux me tromper; mais j’ai décidé que mes quelques connaissances pourraient servir à dresser un état des lieux, même partiel, et de montrer que les gens n'ont ni besoin de paniquer, ni surtout de désespérer. Seulement de s’adapter, mais de ça aussi, on parle peu. Je ne comprends pas.

 

Qu'est-ce que vous entendez par s'adapter?

 

Il est possible que nous ayons des hivers moins rigoureux, ce qui est une bonne chose. Il est également possible qu’il y ait parfois des vagues de chaleur. Mais nous pourrons nous adapter, comme nos voisins du Sud, en repensant les aménagements urbains, en améliorant la qualité des constructions, en utilisant les ressources de la climatisation, etc. Pourquoi devrions-nous refuser le confort et la protection de la technologie?

 

Est-ce que la science est gouvernée par les sachants désormais? A-t-on oublié la nécessité du doute?

 

Je suis absolument d'accord avec cette remarque. Je pense qu'on a un petit trop vite mis de côté la nécessité du doute en assénant des vérités que l’on prétend absolues et en faisant taire tout avis différent. Ceux qui se présentent comme les sachants ne doutent pas, ils sont la négation même de la science.


D’autant plus qu’aujourd'hui, j'ai l'impression que ce n’est plus la vérité qui intéresse une partie des scientifiques, mais simplement l'illusion avec laquelle ils ont envie de vivre, pour reprendre le sens d’une expression d’Anaïs Nin. Sans oublier évidemment l’opportunisme narcissique…

 

Donc, le réchauffement climatique est une opportunité et pas une catastrophe à vos yeux. C'est ça?

 

Disons que le léger réchauffement en cours ne peut être qualifié de catastrophe d’après les données. En revanche, certains paramètres s’avèrent plutôt encourageants, comme le verdissement de la Terre lié à l’augmentation de CO2 (qui est la nourriture des plantes faut-il le rappeler) et dont peu de médias parlent.


Mais je vois une autre forme de danger pour notre civilisation occidentale. Aujourd'hui, le changement climatique se décline plutôt en une mode qui, quelque part, s'accompagne de ce que certains sociologues appellent les «croyances de luxe», à savoir des idées et des opinions qui confèrent un statut aux riches à très peu de frais, tout en faisant des ravages sur les classes inférieures.


«Il faut libérer la recherche scientifique de son carcan idéologique»

En renvoyant la consommation accrue de biens et de services à un rôle moindre, voire à une dépréciation ou un vice – l’appel à la fameuse «décroissance» ou l’étrange «sobriété» – la valeur morale d'une personne aujourd'hui se rattache à ces croyances de luxe, dont la «lutte contre le changement climatique» couronne une forme d’attitude quasi religieuse. C’est inquiétant.


Le faible réchauffement actuel est ce qu'il est. Nous avons la possibilité de nous adapter de façon assez remarquable sans nous battre la coulpe en permanence. Il faut savoir rationnellement dissocier notre impact environnemental de nos émissions de CO2 et du prétendu changement climatique d’origine humaine.


A cette condition, nous retrouverons l’espoir et la sérénité qui semblent avoir déserté notre société actuelle. Mais à mes yeux, la véritable urgence aujourd’hui serait de libérer la recherche scientifique fondamentale sur les enjeux climatiques de son carcan idéologique.

 

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10 Comments


Merci Amène pour cette interview. Vous êtes l'antithèse d'un journaliste d'un torchon romand qui se refuse de donner la parole à ceux qui remettent en question un réchauffement climatique dû à l'homme.

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gilles auric
May 14, 2024

Le CO2 constitue actuellement 0.04% de l'atmosphère dont 0.01% généré par l'activité humaine. Si vous arrêtez la moitié des transports, la moitié des usines, la moitié des chauffages, la moitié de l'activité humaine vous allez diviser les 0.01% humains par 2 : vous modifierez 0.005% (50 parties par million) de l'atmosphère terrestre autant dire rien du tout, l'effet sera nul, Y'a un truc qui joue pas dans le baratin sur le bilan carbone, et si c'était faux ?? Il n'est pas interdit de réflêchir j'espère ....

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1111
May 13, 2024

Cela confirme en tout point ce que disent les scientifiques du CLINTEL.


Avec 420 PPM de CO2 dans l'atmosphère, nous sommes bien plus proche d'un minima que d'un maxima. De plus, comment nous faire avaler que 0.04 % que représente le CO2 dans l'atmosphère, dont 96% de source non-humaine, est responsable d'autant de problème? (debout la dedans ;-) )

L'humanité s'est toujours bien mieux portée dans les périodes chaudes que durant les périodes froides.

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suzette.s
May 13, 2024

Merci, chère Amèle, d'essayer d'ouvrir la discussion scientifique au sujet du changement climatique! Cet article met en évidence qu'il est parfaitement légitime de se poser des questions au sujet de ce changement quand on n'est pas un spécialiste - ce qui est mon cas - et que, contrairement à l'affirmation dans le journal Le Temps du 22 février 2022 d'une dizaine d'universitaires dont 9 professeurs d'université. "le débat n'est pas clos". Cet article est une libération intellectuelle!

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Danilo.bertocchi
May 12, 2024

Bonjour Monsieur Verrecchia, ce que vous racontez est totalement incomplet: non c’est inexact. Pour être précis, les 4.8 milliard de tonnes de pétrole, 8,2 milliards de tonnes de charbon, 2,2 milliards tonnes de gaz naturel et 1 milliard de bois brûlés par an génèrent du CO2 dont 5-6% ne peuvent pas être réabsorbés par le système Terre et donc cet excès crée un déséquilibre énergétique dans l’atmosphère.. ce déséquilibre fait monter la température..

Que dites vous des estimations de Jim Hansen, des estimations de déstabilisations du méthane gelé qui s’échappe à hauteur de 5 Gt par an.. , de la sécheresse en Méditerranée qui accélère..

Les courbes de réchauffement accélèrent et l’humanité reste statique et ne fait rien, si ce…

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gilles auric
May 12, 2024
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Le CO2 constitue actuellement 0.04% de l'atmosphère dont 0.01% généré par l'activité humaine. Si vous arrêtez la moitié des transports, la moitié des usines, la moitié des chauffages, la moitié de l'activité humaine vous allez diviser les 0.01% humains par 2 : vous modifierez 0.005% (50 parties par million) de l'atmosphère terrestre autant dire rien du tout, l'effet sera nul, Y'a un truc qui joue pas dans le baratin sur le bilan carbone, et si c'était faux ?? Il n'est pas interdit de réflêchir j'espère ....

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