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Article rédigé par :

Amèle Debey

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«On n'a pas réalisé assez tôt qu'il fallait aussi protéger les gens contre les effets négatifs des mesures Covid»

Virginie Masserey a changé de nom, mais pas de position sur les mesures Covid, même si elle reconnaît un retard de prise en compte de leur impact sur la santé mentale. A la tête de la section de contrôle des infections pour l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) lors de la crise sanitaire, celle qui s'appelle désormais Virginie Spicher revient sur l'expérience «passionnante» qu'elle a vécue. Pour le premier volet de ce dossier bilan, L'Impertinent s'aventure dans les coulisses de la stratégie Covid suisse.

Virginie Spicher

Amèle Debey, pour L’Impertinent: Comment avez-vous vécu cette période Covid?

 

Dr Virginie Spicher: Intensément, comme tout le monde. C’était une période très fatigante, car nous étions pris dans les réflexions définissant des mesures pour lutter contre cette pandémie. Pour les lever ou les ajouter. Donc c'était à la fois très intense, très fatigant, mais en même temps passionnant, car il est rare d’être confronté à des situations comme celle-ci dans une vie professionnelle.

 

J’ai une formation de médecin pédiatre et d’infectiologue pédiatre. J’ai passé une douzaine d'années dans les hôpitaux universitaires, dans la pédiatrie infectiologique, où je me suis un peu plus particulièrement intéressée à la recherche dans le domaine des vaccinations. Quand j'ai commencé à l’OFSP, en 2002, dans le domaine des recommandations de vaccination et de l'épidémiologie des maladies évitables par la vaccination, il y a très vite eu une première crise. Le premier coronavirus est apparu en 2003. On l’appelait déjà SRAS, pour Syndrome Respiratoire Aigu Sévère.

«La démocratie ne s'applique pas dans ces conditions-là»

 

Et là déjà, nous étions dans un mode de préparation à la pandémie, que l’on craignait. A cette occasion-là, j'avais été détachée de l’OFSP à l’OMS, comme soutien offert par la Confédération suisse, pour contribuer à gérer cette épidémie et comprendre ce qu’il se passait. J'avais donc déjà été confrontée à un SRAS auparavant. A cette époque, il n’y avait pas de vaccin, c’était la première fois que l’on découvrait un coronavirus qui créait un syndrome respiratoire sévère. On a réussi à contrôler cette épidémie de SRAS 1. Elle a sévi à Hong Kong et à Toronto, mais elle n’a pas envahi le monde entier.

 

La différence avec le second coronavirus, c'est que le premier n’était contagieux qu'à partir du moment où on commençait à avoir des symptômes. Il était plus facile de mettre les gens en isolement dès l’apparition des symptômes et c’est comme ça qu’on a pu stopper la propagation de ce virus. Ensuite, il y a eu plusieurs autres menaces de pandémie: influenza H1N1 et H5N1, coronavirus MERS. A chaque fois, j’ai été impliquée à l’OFSP et à chaque fois la menace ne s’est pas réalisée ou n’a pas été aussi grave qu’anticipé. C’est pourquoi, en 2020, lorsque l’on nous a parlé d'un nouveau virus possiblement pandémique, nous étions un peu partagés. Au début, il était difficile d’y croire, on se demandait si la menace était sérieuse. Mais cette fois-là, cela a vraiment été grave. On a vraiment vécu la crise.

 

Qu’est-ce qu'on se dit à ce moment-là?

 

Qu’il faut prendre nos responsabilités pour la population. Les premiers événements que l’on a dû interdire, c’étaient les carnavals et le Salon de l’automobile de Genève. Il fallait prendre des mesures qui pouvaient faire mal économiquement. Je me suis demandé comment allait réagir le conseiller fédéral en charge de l’économie face aux mesures de celui en charge de la santé.

 

Parmi les critiques formulées à l’époque, il y avait celle de dire que le confinement n’a jamais fait partie des plans pandémie élaborés au fil des ans. Est-ce que cela vous parle, puisque vous avez été au cœur de l’action pendant plus de vingt ans?

 

Il y en a eu plusieurs, sous différentes formes. La dernière version a été conçue après l’expérience H1N1. On avait alors l’impression qu’il fallait aborder une pandémie sous différentes phases. Une phase lors de laquelle le virus se transmet difficilement de personne à personne, puis tout à coup plus facilement. On pensait qu'il fonctionnait par phases, puis on s'est rendu compte que le virus ne respectait pas exactement l’évolution que l’on imaginait. Il fallait plutôt avoir un plan flexible et modulaire, c'est-à-dire différents types de mesures que l'on pourrait appliquer au cas par cas. Telles que des autorisations de manifestation, mais avec des restrictions. On avait aussi forcément les quarantaines et l'isolement, mais on pensait que cela ne concernerait que des zones ou périodes limitées.

 

Le confinement faisait donc partie des hypothèses mises sur la table lors des précédentes menaces d’apparition d’un virus?

 

Oui, cela faisait partie des hypothèses. Si vous relisez la base légale, à savoir la loi sur les épidémies, vous voyez que des mesures concernant les personnes étaient déjà prévues, comme l’isolement et la quarantaine; ainsi que des mesures concernant des groupes de personnes ou l’ensemble de la population, qui consistaient à limiter la mobilité dans certaines régions. Nous n’avions pas prévu de confinement, comme en France, mais j’imagine que cela aurait pu être dans le domaine du possible.

 

Chaque situation épidémique est différente, on doit adapter les mesures à la manière dont les choses se présentent. De fait, concernant le coronavirus de 2003, nous devions connaître en premier lieu sa période de contagiosité, pour savoir pendant combien de temps nous devions prendre des mesures concernant la personne infectée et son entourage. Cela est différent d’un virus à l’autre. La première chose à clarifier avec le Covid était donc de savoir s’il était contagieux avant le début des symptômes et, si oui, combien de temps. Les mesures s'adaptent forcément aux caractéristiques du virus et de sa transmission.

 

La résistance à ces mesures s’est faite progressivement, mais est allée crescendo. Dans quel état d’esprit étiez-vous vis-à-vis de cela?

 

Que la démocratie ne s'applique pas dans ces conditions-là. On ne peut pas voter pour savoir si la majorité de la population est d'accord. On est obligé de prendre nos responsabilités par rapport à la protection de la population et en particulier, en l'occurrence, il s'agissait de protéger les personnes vulnérables. Puisqu'on a quand même assez vite vu qu’il y avait des groupes de population pour lesquels l'évolution pourrait être très grave, très sévère, voire mortelle, et d'autres groupes de population pour lesquels c'était moins grave.

 

La frontière n'était pas toute noire ou blanche: on savait que les personnes âgées et polymorbides avaient plus de risques de se retrouver aux soins intensifs. Mais on y voyait aussi mourir des jeunes d'une trentaine d'années en pleine forme. On devait prendre nos responsabilités pour protéger ces gens. D’une part, on pensait que seule une minorité de personnes était opposée aux mesures et d’autre part, on pensait avoir une responsabilité par rapport à la population, en connaissant les risques et les limites de ce qu'on pouvait offrir en termes de soins et de prise en charge.

 

D’ailleurs, la loi sur les épidémies est conçue comme ça: les mesures contraignantes qui limitent la liberté des personnes doivent être prises uniquement dans le cas d’un danger considérable et si ce danger ne peut pas être évité autrement. C’est ce qu’on a toujours eu en tête. Tout en se demandant si on pouvait en appeler uniquement à l'autoresponsabilité des personnes en faisant des recommandations, ou si nous devions limiter leurs libertés parce que le danger était important et qu'il n'y avait pas d’autres moyens moins contraignants d’atteindre l’objectif de protection.

 

Enfin je vous rappelle qu’on a quand même voté sur la loi Covid et qu’elle a été adoptée en votation populaire.

 

Pourquoi empêchait-on les gens de se rendre chez leur médecin traitant, leur disant qu’il fallait se rendre à l’hôpital en cas d’aggravation des symptômes? Puisqu’on sait que les hôpitaux fonctionnent en flux tendu, n’étions-nous pas assurés de précipiter leur débordement avec cette stratégie?

 

Je ne sais pas à quelle période vous faites référence, parce qu'effectivement, nos mesures et nos recommandations ont évolué en permanence en fonction des connaissances et de la situation. Au tout début, notre but était de détecter le premier cas en Suisse, donc les personnes qui avaient des symptômes devaient consulter là où on pouvait faire le diagnostic et il n’existait qu’en hôpital universitaire.

 

Il fallait faire ce diagnostic dans un endroit où on pouvait mettre la personne en isolement et la garder en observation. C’est pour ça qu'au début, on disait aux gens d'aller à l'hôpital. Très vite, quand on a pu identifier les premiers cas et qu'on savait qu'il y en avait un peu partout en Suisse, les recommandations ont changé, sauf erreur. A ce moment-là, il s’agissait plutôt de rester chez soi si on avait des symptômes, et puis de consulter un médecin d’abord par téléphone. Il fallait éviter le risque de transmettre le virus en se rendant dans une salle d’attente d’un cabinet médical, pas équipé pour séparer les personnes possiblement contagieuses.

 

Vous représentiez le volet scientifique de cette gestion, notamment aux côtés de la Swiss National COVID-19 Science Task Force. Quel était votre rapport avec cette Task Force et qu’avez-vous pensé de sa prestation?

 

Du bien. Il s’agissait de scientifiques qui pouvaient nous faire des analyses de données et de la littérature, ainsi que des analyses statistiques complexes et des modélisations. Toutes sortes de choses très techniques et très scientifiques qui requièrent une expertise. Tous les experts de l’OFSP étaient occupés par la gestion de la crise, c'est-à-dire à élaborer des recommandations, des stratégies, etc. Ils n’avaient pas le temps de faire toutes ces recherches scientifiques. Donc la Task Force était très précieuse.

 

C'est clair qu'il fallait bien délimiter les rôles, les responsabilités et le champ dans lesquels cette Task Force pouvait s'impliquer. Avant qu’elle ne se crée, les experts étaient dispersés chacun sur leur lieu de travail et les journalistes allaient les interroger, les uns après les autres, et ils disaient chaque fois quelque chose de différent. Il était très intéressant pour nous qu’ils se mettent ensemble pour se parler et se mettre d'accord entre eux sur leurs positions plutôt que d'exprimer des positions divergentes, parce qu’il n’est jamais bon pour la population d'être exposée à des avis d'experts divergents.


«Ces scientifiques étaient déconnectés des conditions de la santé publique»

 

Mais ensuite, ce que j'ai remarqué en étant moi-même une scientifique à la base, puis en travaillant des années dans l'administration publique et dans la santé publique, c’est que ces scientifiques étaient déconnectés des conditions de la santé publique et de l'administration publique. Souvent, ce qui est juste scientifiquement dans des études de laboratoire ou dans des études bien contrôlées, randomisées, etc. ne peut pas se transposer tel quel dans la réalité, dans la population, dans la vraie vie. Il y a toujours une différence entre les deux. Des fois, ils poussaient beaucoup à ce qu'on mette en œuvre des choses qui, pour eux, étaient démontrées scientifiquement d'après les données et les modélisations, mais ils ne parvenaient pas toujours à se rendre compte que dans ces modèles, on ne pouvait pas tout mettre et que, dans la réalité, on ne pouvait pas directement en déduire des mesures qui allaient avoir la même efficacité que ce qu'on pouvait supposer sur ces bases.

 

Ils avaient de la peine à se rendre compte que, quand il s'agit de prendre une décision politique, il y a d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte.

 

La politique n'a-t-elle pas demandé à la science d'avoir des certitudes que, par définition, la science ne peut pas avoir?

 

Ce n’est pas comme ça que je l'ai vécu. Le politique voulait savoir ce que la science pouvait proposer, pour fonder autant que possible les décisions sur des connaissances scientifiques.

 

Mais certains experts de la Task Force n’ont-ils pas manqué un peu d’humilité? Car il était déroutant de voir autant de vérités assénées…

 

Oui, c'est possible que certains experts de la Task Force aient manqué d'humilité. C'est vrai qu'on s'est beaucoup interrogés là-dessus, on s’est demandé comment créer la meilleure collaboration possible entre les scientifiques, les services publics et la politique. Il y a vraiment un dialogue à trouver et l'expérience a été intéressante des deux côtés. Je crois que la Task Force scientifique a beaucoup apprécié et a vu les avantages d'être confrontés aux politiques. Ils ont appris beaucoup de choses sur le monde politique et la façon dont se prennent les décisions dans ce domaine.

 

En août 2021, vous avez affirmé que le vaccin ne protégeait pas de la transmission. Mais deux mois plus tard, Alain Berset a assuré que les certificats Covid prouvaient que l'on n'était pas contagieux. Est-ce que cela vous a surprise et où était la vérité?

 

Je ne me rappelle pas qu'il ait dit ça. Depuis le début, d'ailleurs ça a été très difficile à faire passer; dès qu'on a eu le vaccin, tout le monde s’est réjoui d’avoir trouvé la solution qui nous permettrait de circuler à nouveau librement. On a tout de suite dit qu’on ne savait pas encore si ce vaccin protégeait ou pas contre la transmission. Après, on a eu des données indiquant que c’était bien le cas, en tout cas pendant un certain nombre de mois. Ce sont des choses qu'on apprenait au fur et à mesure.

 

Quant au certificat Covid, sa possession avait deux significations: d'une part, on avait moins de risque d'être contagieux, soit parce qu'on était encore dans la période où l'on était protégé, soit parce que notre risque de s’infecter était diminué. Et on était aussi nettement moins à risque de faire une complication grave qui allait nous mener aux soins intensifs si on s'infectait. Donc l'un dans l'autre, le fait d'avoir un certificat Covid a nettement diminué le risque qu’il y ait une transmission de virus pour les personnes qui se réunissaient. D’une part en réduisant le nombre de personnes infectées, malades et d'autre part, en réduisant le nombre de ces infectés malades qui avaient une maladie grave au point d'aller aux soins intensifs.


Comment faire confiance aux résultats des études des labos qui annonçaient un vaccin sûr et efficace, puisque ce sont ces mêmes labos qui les vendent? N'y a-t-il pas fondamentalement un problème de méthode? N'est-on pas en plein conflit d'intérêt?


C’est bien évidemment la responsabilité des firmes productrices de vaccins d’en prouver l’efficacité et la sécurité. Souvent, de nos jours, elles ne font pas elles-mêmes le développement depuis le début. Ce sont des équipes de recherche indépendantes, des chercheurs universitaires ou des start-up qui font les premières étapes d’études pré cliniques (en laboratoire et sur des animaux). Les firmes productrices achètent la patente lorsque le produit est prometteur, pour en produire selon les bonnes pratiques de fabrication en qualité et quantité suffisantes pour des études cliniques (sur des volontaires humains). Avant de pouvoir les vendre elles doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM), délivrée par un organisme officiel de régulation (Swissmedic pour la Suisse, EMA pour l’Europe, FDA pour les USA), qui exige de nombreux documents de preuves et le respect de normes et de standards.

«Les firmes n’auraient aucun intérêt à falsifier les études»

Après mise sur le marché, les firmes ont encore l’obligation d’assurer une surveillance des effets secondaires, les organismes de régulation recensent les effets indésirables (les médecins doivent les déclarer) et prennent des mesures si nécessaire. Des études indépendantes peuvent être réalisées par des équipes de recherche ou des autorités publiques. Des groupes d’experts indépendants analysent toutes les données afin d’élaborer des recommandations d’utilisation différenciées, tenant compte du rapport bénéfice-risque pour les différents groupes de population. Les firmes n’auraient de toute façon aucun intérêt à falsifier les études ou à mettre sur marché des vaccins qui ne seraient pas efficaces et sûrs. Elles y perdraient leur réputation et beaucoup d’argent.

 

On a beaucoup dit, dans cette crise, que l’on était plus intelligent après. Cela tombe bien, puisqu’on est après. Au vu de la fracture sociale qu’a initiée ce passe sanitaire, qui a continué à être valable bien après que l’on sache que le vaccin n’empêchait pas la transmission, pensez-vous que c’était une bonne idée de le mettre en place? Que c’est un élément à rajouter dans les plans pandémie?

 

Je pense qu'on ne peut pas répondre dans l'absolu, mais je pense qu'il a été utile et qu’il était adéquat de l'avoir introduit. Parce que l'alternative, c'était de continuer à rester à la maison et de ne pas pouvoir se réunir. C’était quand même une opportunité, une façon de permettre des activités sociales, des réunions, des conférences, des manifestations culturelles, etc. Il n'y avait pas de meilleure façon que ça de donner la possibilité à tous les exploitants de théâtre, de cinéma, de restaurant d’ouvrir.

 

A-t-on été assez précautionneux avant d’introduire le vaccin Covid?

 

Je peux vous dire qu’énormément de travail a été fait, dès février, mars 2020, par toute une équipe qui a travaillé aussi avec un consultant externe pour vraiment analyser de manière détaillée tous les candidats vaccins et toutes les entreprises qui étaient en train de les développer. Vraiment aller en profondeur et comprendre à quel stade du développement ils étaient et ce qu’on connaissait sur les différents mécanismes. Un travail considérable a été fait au niveau international. Quand un vaccin est devenu disponible, on savait ce que c'était et comment il fonctionnait.

 

On constate tout de même qu’il y a des effets secondaires qui tendent à faire pencher la balance bénéfice-risque dans le négatif pour les enfants et, plus généralement, les personnes qui n’étaient pas à risque de développer une maladie grave en contractant le Covid. A posteriori, pensez-vous que c’était une erreur de pousser à leur vaccination aussi par les campagnes et le pass sanitaire, considéré par certains comme une obligation vaccinale déguisée?

 

Je pense que le rapport bénéfice-risque est resté favorable à la vaccination, étant donné la gravité des conséquences de la maladie, et tout ce qu’on a pu éviter comme complications et comme décès grâce à la vaccination. Il faut se replacer dans le contexte, se rappeler que la pandémie était due au fait que personne dans la population n’avait d’immunité contre ce virus. Il fallait que la population acquière cette immunité, et c’était considérablement plus risqué d’acquérir cette immunité par la maladie que par la vaccination. Se rappeler aussi que les recommandations pour les différents groupes de population ont été graduelles et déployées par étape. La vaccination a été recommandée d’abord, et avec plus d’insistance, pour les personnes à risque élevé de complications de la maladie. On a attendu plus longtemps, et fait des recommandations bien plus nuancées pour les enfants, étant donné que la maladie était nettement moins grave pour eux.


Pourquoi prendre le risque de vacciner les enfants quand même, alors qu'ils ne risquaient rien avec le virus? Est-ce que vous estimez que les effets secondaires rapportés ne peuvent pas être pris au sérieux?


On ne peut pas dire que les enfants ne risquaient rien avec le virus. Des enfants ont dû être hospitalisés, et une complication rare mais grave a été mise en évidence (le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique). La recommandation de vaccination pour les enfants a été faite de manière très précautionneuse, particulièrement dans le but que des enfants puissent en bénéficier si l'évaluation individuelle indiquait que des bénéfices attendus de la vaccination dépassaient largement des risques hypothétiques, par exemple pour des enfants ayant des problèmes de santé chroniques ou vivant en contact étroit avec des personnes vulnérables immunodéficientes. La vaccination pouvait aussi permettre de leur éviter les conséquences sociales et psychologiques des mesures de lutte contre le COVID. La vaccination a été recommandée pour se protéger des formes bénignes fréquentes et sévères rares de COVID-19, et de toutes les conséquences négatives associées à l'exposition fréquente au virus.


«Le risque d'effet secondaire grave dû à la vaccination est très inférieur au risque de complications graves de la maladie»

Bien sûr, tout effet secondaire grave rapporté est pris très au sérieux. Un problème de santé grave apparaissant après une vaccination n'est cependant pas nécessairement causé par le vaccin. Il faut pouvoir comparer sa fréquence d'apparition chez des personnes vaccinées et des personnes non vaccinées en très grands nombres. La surveillance des effets secondaires supposés des vaccins Covid a été très étroite. On dispose d'énormément de données. Et à ce jour les études arrivent toujours à la conclusion que le risque d'effet secondaire grave dû à la vaccination est très inférieur au risque de complications graves de la maladie, y compris chez les enfants.


Lorsque la vaccination a été recommandée en Suisse pour les adolescents, on disposait déjà de données concernant plus de 8 millions d'adolescents vaccinés dans le monde.

 

Pouvez-vous comprendre la méfiance de la population au regard du manque de transparence autour de ces vaccins, notamment à propos des contrats?

 

Absolument. Je peux comprendre qu’on peut préférer ne rien avoir plutôt que de faire confiance à des trucs qu’on ne comprend pas. En tant que citoyen, c'est extrêmement difficile à comprendre. Déjà pour nous, qui travaillons dedans, on voyait bien toute la complexité des connaissances nécessaires pour pouvoir juger, le nombre d’experts que l’on a dû mettre ensemble pour établir une recommandation. Je me mets à la place du citoyen et je comprends que c’est préoccupant, que l’on doute et que l’on craigne qu’il y ait des intérêts financiers derrière.

 

Est-ce que la stratégie vaccinale a manqué de pédagogie? Je pense notamment au concert pour convaincre les gens de se faire vacciner…

 

(Rires) On a été très pédagogues, on a pris beaucoup de temps. Vous avez vu les conférences de presse qu'on a données avec Christophe Berger, le président de la Commission fédérale pour les vaccinations. Chaque semaine, on a repris les explications de différentes façons, Patrick Mathys et moi, on a expliqué les choses différemment. Daniel Koch était aussi très pédagogue, il se mettait bien au niveau des gens. On a vraiment fait notre maximum. Mais on sait bien que, dans de telles circonstances, on n'atteint jamais tout le monde de la même manière avec notre communication.

 

Je pense c'était très mesuré aussi dans notre manière de présenter les vaccins. On avait préparé des petites vidéos explicatives pour corriger les idées fausses. Mais il y a toujours des gens qui sont méfiants. On ne peut alors que respecter leur méfiance en tant qu'individu. Ce qui me dérange plus, c'est quand ces personnes, individuellement préoccupées pour elles-mêmes et pour leur propre santé, se mettent à faire de la propagande contre la vaccination. Chacun peut décider pour soi-même, mais on ne peut pas faire de la propagande contre une recommandation qui est quand même fondée sur la science.

 

Il faut se mettre à la place du Conseil fédéral et de toute l'administration fédérale qui travaillent dans l'intérêt de la population, qui prennent la responsabilité de ces recommandations. On ne fait évidemment pas cela pour tuer la population.

 

Puisque le vaccin n’avait qu’un intérêt personnel, pourquoi faire de la propagande dans l’autre sens?

 

Parce que plus il y avait de personnes vaccinées, moins il y avait de gens qui risquaient d'aller aux soins intensifs. C'est aussi simple que ça. Puisque le vaccin empêchait les cas graves, comme on l’a répété plusieurs fois.

 

A posteriori, qu’auriez-vous pu faire différemment?

 

Franchement, je ne vois pas. Je pense qu’on a fait du mieux que l’on a pu…

 

Peut-être, un aspect intéressant: dans notre esprit, il y a toujours eu la protection des gens contre l'infection et la maladie grave, et on n'a peut-être pas toujours, pas suffisamment tôt en tout cas, pris conscience qu'il fallait aussi protéger la population contre les effets négatifs des mesures que l’on prenait.


«Il fallait trouver un bon équilibre entre éviter le Covid, mais aussi éviter des conséquences sur la santé mentale»

 

Mais j'ai trouvé quand même assez remarquable à l’OFSP que l’on se soit mis à travailler vraiment tous ensemble, à travers toutes les divisions, toutes les unités, y compris avec ceux qui s'occupaient de santé mentale. Il y a quand même eu, à un moment donné, une vraie prise de conscience du fait que l’on avait un impact sur la santé mentale des gens avec les mesures. Qu'il fallait trouver un bon équilibre entre éviter le Covid, mais aussi éviter des conséquences sur la santé mentale, et pour les enfants et les jeunes à l'école sur le cursus scolaire.

 

On en était conscient, on essayait vraiment de tenir cet équilibre. Mais peut-être qu'on s'en est rendu compte un peu tard, peut-être que cela ne faisait pas suffisamment partie des plans de pandémie. C'est bien de prendre des mesures contre le virus, mais il faut peut-être aussi, en parallèle, avoir des mesures pour atténuer ou adoucir les conséquences des mesures que l'on prend.

 

D'ailleurs, ces plans pandémie vont-ils être revus à l’aune de cette expérience?

 

A ma connaissance, ils sont effectivement en train d’y retravailler. Comme toujours, à chaque grande crise, on révise la loi sur les épidémies aussi.

 

Est-ce qu'il y a un avant et un après Covid au sein du système de santé?

 

Oui, parce que tout le monde a été très chahuté par cette pandémie, tout le monde a été affecté dans son travail, dans son état de fatigue, son état d'épuisement, donc après il y a eu plus de difficultés à reprendre toutes les activités qu’on avait laissées de côté pendant la crise. Mais je ne crois pas qu'il y ait eu de changement radical autrement.

 

Face aux soins intensifs qui débordaient, beaucoup d'hôpitaux ont réussi à augmenter les capacités des soins intensifs, et cela a été reconnu comme quelque chose qu'on doit en permanence être capable de faire à l'avenir. Je crois que les hôpitaux ont intégré des plans pour s'assurer que l'on pourrait augmenter les capacités quand c'est nécessaire. Le système de santé doit être résilient, on doit avoir la possibilité de s'organiser différemment quand il y a une crise. Dans le cadre de mes missions ici, pour le Réseau Santé la Côte je dois faire en sorte que, dans le réseau, on puisse mettre en place une coordination dans le cas où il y a une crise qui touche plusieurs institutions de la région.

 

Les cabinets médicaux par exemple n’étaient pas vraiment organisés pour s'adapter à la crise, ils ne savaient pas vraiment comment ils pouvaient s'organiser pour contribuer à la réponse. Ma mission inclut de préparer le réseau pour une meilleure coordination du secteur de la santé communautaire.

 

Dernièrement, le département de Rebecca Ruiz a fait la Une des journaux à cause de problèmes de leadership et de stratégie. Est-ce que cela vous a étonné et est-ce que cela fait partie des raisons pour lesquelles vous avez quitté ce département?

 

Le communiqué de presse à l’occasion de mon départ était clair, je suis partie à cause de divergences entre nous. Je ne souhaite pas faire d’autres commentaires.

22 Comments


Eric G
Eric G
Nov 14, 2024

Je n'ai pas réussi à lire tout l'article tellement son autosuffisance m'horripile. Et je me souviens trop de l'émission Forum du 06 décembre 2020 (sauf erreur) où elle pérorait les fameux "sûr et efficace à 95%".

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luc4
Nov 11, 2024

La Dr Virginie Spicher reste dans le déni de la réalité. Elle est complice d'énormément d'effets secondaires catastrophiques des vaccins ARNm y compris des morts. Un de mes proches est décédé dans la semaine qui a suivi le vaxx. J'espère qu'elle finira par être condamnée. Heureusement les Américains vont faire le ménage grâce à Trump et Bobby Kennedy. L'heure des comptes se rapproche,

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Lou24
Nov 11, 2024

Mme Spicher prétend que les vaccins diminuent la transmission et les formes graves... Sur quelle étude se base-t-elle pour le dire? sur ses seules impressions? la maladie a "flambé" en 2021 bien plus qu'en 2020, prouvant si cela était nécessaire l'inutilité des vaccins. La mort est-elle une forme grave? comment expliquer les personnes triplement vaccinées et décédées du covid?... Mme Spicher sait-elle lire une étude clinique? tant de questions sans réponses... Merci mille fois Amèle d'avoir réalisé cette interview. Cela donne une bonne idée du chemin qui reste à parcourir...

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Bonjour,


Merci d'avoir réalisé cette interview.


C'est absolument effarant de voir le décalage qui existe entre les fonctionnaires de la santé et les scientifiques et médecins qui ont une opinion critique. On se demande comment ce sera possible un jour d'avoir une vraie discussion de fond.

En tous cas, en lisant cela, je suis totalement conforté dans l'idée que les instances de santé publiques en Suisse doivent être totalement démantelées et refondées.

Ces guignols n'ont plus aucune crédibilité mais apparemment ils ne le savent pas encore.

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T. Forbes
Nov 11, 2024

Pure langue de bois de haut fonctionnaire, aucune remise en question personnelle ou institutionnelle, ça montre l’ampleur du déni et la mémoire sélective, c’est sidérant. Les commissions d’enquête sur les grandes agences de “santé” américaines dont RFK junior aura la responsabilité lui ouvriront-elles enfin les yeux?

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