Le scandale de l’USAID porte-t-il le coup de grâce à la presse traditionnelle, déjà largement décrédibilisée par sa couverture des événements de ces dernières années? Dans le déballage d’informations provoqué par la nouvelle présidence américaine, la vérité se situe quelque part entre le «journalisme citoyen» et le journalisme subventionné. Encore faut-il qu’il existe une véritable volonté d’aller la chercher.

Ceux qui s’informent uniquement par les canaux officiels ont une vision parcellaire du démantèlement de l’USAID. Si on en croit la presse mainstream, nous assistons à une véritable catastrophe humanitaire fomentée par la monstruosité de deux hommes aveuglés par leur toute-puissance. Elon Musk fait le ménage dans les institutions gouvernementales avec une brutalité qui ne surprendra pas ceux qui ont décrypté sa personnalité sous la plume du biographe Walter Isaacson. Mais le traitement de cette affaire reste douloureusement orienté.
(Re)lire notre article: USAID: corruption, ingérence, censure… la fin du règne américain?
Nulle part, à aucun moment, la presse occidentale ne s’aventure à aborder la problématique d’ingérence internationale incarnée par l’USAID. Partout, on parle du choc des employés administratifs et de la déroute des ONG. Mais personne ne semble soulever l’influence US sur la politique extérieure et sa mainmise sur les médias du monde entier. Le lien de cause à effet semble alors évident et la crédibilité de nos rédactions s’en trouve à nouveau fortement dégradée.
A-t-on passé le point de non-retour?
La perte de confiance dans la presse a des conséquences regrettables. Comment demander au public de croire aux informations relayées par Politico – comme l'attaque russe sur l'Europe – alors que ce titre circule activement sur les réseaux sociaux comme bénéficiaire de l’USAID. Encore une fois, la stratégie du silence ne fait qu’aggraver la situation et renforcer les doutes, qu’ils soient fondés ou non.
De plus, comme à chaque fois qu’un véritable scandale est révélé, il est entouré de nombreux détournements de la réalité. Sorte de gaslighting qui consiste à décrédibiliser l’entier des informations qui circulent. Ce qui permet ensuite à des médias de vérification de publier des debunkings pour démentir les rumeurs les plus absurdes, jetant ainsi le discrédit sur les doutes légitimes entourant l’information de fond. Mais les lecteurs sont-ils encore dupes?
De soutien à sous-main?
Parmi le déballage et les accusations de corruption tous azimuts dont Elon Musk et Donald Trump se font l’écho, il y a beaucoup d’approximations et de contre-vérités. La pandémie nous a appris que corrélation n’est pas causalité et il est important de prendre chaque info avec des pincettes. Ce n’est pas parce que des médias reçoivent des fonds de l’USAID pour des abonnements, par exemple, que leur intégrité journalistique est automatiquement remise en cause. Du moins, c’est leur version.
Le prestigieux New York Times a réagi à ces accusations sur Twitter:
Contacté par L'Impertinent, un responsable communication a commenté: «Il était surprenant de voir l'attention des médias sociaux sur le fait qu'un petit nombre de bureaux gouvernementaux, de bibliothèques et de tribunaux achètent des abonnements au New York Times et à d'autres médias. Ces fonctionnaires et autres agents publics cherchent simplement à mieux comprendre le monde grâce à notre journalisme indépendant, comme des millions d'autres Américains. Il est intéressant de noter que nous proposons ces abonnements gouvernementaux à un tarif fortement réduit.»
BBC Media Action, organisation caritative de la BBC, travaille dans près de 30 pays pour soutenir les médias locaux et garantir l’accès à des informations fiables, nous a expliqué son porte-parole. Si la BBC assure que son journalisme reste indépendant, elle reconnaît avoir reçu 2,6 millions de livres sterling de l'USAID en 2023-24.
Reuters nous a affirmé n’avoir aucune relation contractuelle avec l'USAID pour ses services d'information. Néanmoins, Thomson Reuters Special Services (TRSS), une entité distincte, fournit depuis des décennies des logiciels et services d'information aux agences du gouvernement américain.
Sollicitée par CheckNews, la direction de l’AFP confirme que «trois agences du gouvernement américain sont clientes de l’AFP et ont accès à tout ou partie des fils texte, photo et vidéo: principalement l’USAGM, qui supervise plusieurs médias internationaux (Voice of America, Radio Free Europe, Radio Free Asia...), ainsi que le Department of Defense et l’USAID.» Il s'agit, selon l'agence, d'un «contrat commercial normal.»
Faillite intellectuelle
Sur TF1, un journaliste a récemment tenté d’apporter un peu de réconfort aux téléspectateurs égarés dans ce torrent inextinguible d’informations. «C’est notre travail de vérifier les images avant de les publier, a-t-il plaidé, si (une) vidéo n’a pas été reprise par un grand média connu, c’est possiblement qu’elle est fausse».
Le problème, c’est que cette fable ne tient plus en 2025, dans une société post-Covid. Période lors de laquelle chacun a pu assister à la faillite intellectuelle et déontologique de la plupart des organismes de presse. La plaie est encore fraîche et ne semble pas près de cautériser… en particulier face à un scandale aussi salé que celui de l'USAID.
Comme le disait Michel Collon dans la récente interview qu’il a accordée à L’Impertinent, les enquêtes déterminantes pour l'humanité menées par les mainstream se comptent sur les doigts de la main. Historiquement, la presse a plutôt le mauvais rôle, car toutes les guerres sont précédées d'un mensonge médiatique. On s'aperçoit aujourd'hui que si un sujet est important, on ne le voit que trop rarement dans nos grands médias. Et si cela représente une opportunité sans commune mesure pour les médias indépendants (VRAIMENT indépendants, contrairement à la définition de Reporter sans frontière), c’est également une tragédie incommensurable pour le journalisme.
La publication, par Politico, d'une possible attaque russe sur les pays européens, sent à mon humble avis passablement le faisandé... Cela fait des décennies, depuis le début de la guerre froide en fait, que les gouvernements étasuniens et les gouvernements occidentaux qu'ils ont manipulés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale pratiquent une propagande destinée à ancrer dans les esprits que l'URSS, et maintenant la Russie, était l'ennemi absolu. Cela sautait aux yeux lors de nos périodes à l'armée, avec les ennemis forcément "rouges", l'armée suisse (dite neutre) et parfois les alliés en bleu, et avec l'apprentissage des véhicules et aéronefs ennemis comprenant uniquement le catalogue complet du matériel russe, sans oublier la provenance de l'ennemi qui avait un…