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Article rédigé par :

Amèle Debey

Du «you» au «vous», question sensible!

Comment faire pour traduire le «you» des fictions anglo-saxonnes alors même que l’auteur est issu d’une culture où les notions de tutoiement et de vouvoiement n’existent pas?

© DR

 

Article signé Marianne Lesdos, pigiste à ses heures, spécialiste de rien mais curieuse de tout. Elle aime observer la vie et chercher à la comprendre.

 

Souvenez-vous à l'école, tandis qu’il vous demandait où était Brian (dans la kitchen of course), votre professeur d’anglais vous avait expliqué que «you» valait aussi bien pour notre «tu», que pour notre «vous», qu’il marque le pluriel ou la politesse. Simple, basique, comme dirait Orelsan. Sauf que, finalement, ce n’est plus si simple lorsqu’il s’agit de traduire nos précieuses nuances francophones à l’écran ou dans un roman. Pour mieux comprendre pourquoi tel ou tel personnage francisé opte pour le tutoiement ou pour le vouvoiement alors que dans sa langue natale il utilisait sans ciller le très efficace «you», j’ai demandé un éclairage à Alexa Donda, traductrice et adaptatrice de dialogues pour différentes séries diffusées entre autres sur Netflix.


Eh bien, vous allez être déçus, spoiler alert: il n’y a pas de règle. Comme dans toute traduction, il y a une interprétation de la part de celui ou celle qui en a la charge. «C’est une question de ressenti.» nous explique Alexa, chaque traducteur fait ainsi en fonction de son propre vécu, de ses propres codes sociaux. Pour elle qui a par exemple été habituée à vouvoyer certains membres de sa famille, le vouvoiement s’impose dans certaines circonstances: «J’ai souvent tendance à privilégier le vouvoiement quand je sens du respect, ou bien de la distance, quand il y a un écart d’âge important, un rapport hiérarchique, etc.».


On devine là qu’un traducteur plus jeune, plus ancré dans une culture d’entreprise façon start up à baby-foot où managers et salariés se tutoient instantanément aura ainsi plus de réticences à remplacer le «you» en «vous» dans la bouche d’un employé s’adressant à son supérieur. De même que le tutoiement viendra sans doute aujourd’hui plus facilement entre gendres et beaux-parents fictifs que cela ne se faisait il y a encore quelques dizaines d’années. Et quid du cas des deux amants en devenir qui, en français, hésiteraient un temps plus ou moins long entre le «tu» cavalier et le «vous» coincé? Là encore, tout n’est qu’affaire de sensibilité!


Mais alors, si la traduction est si subjective, comment faire pour maintenir une certaine cohérence au fil des saisons d’une série lorsque l’on sait que plusieurs réalisateurs, scénaristes, mais aussi traducteurs s’y relaient régulièrement? Tout simplement en se référant à une base commune, appelée «bible», qui comporte notamment un tableau des tutoiements/vouvoiements. «Quand on est plusieurs auteurs sur la même série, nous discutons entre nous du choix entre le «tu» et le «vous». Et comme chaque sensibilité est différente, il faut parfois quelques arguments de part et d’autre avant de tomber d’accord.» explique Alexa Donda.


Dernier point qui peut parfois aider à trancher: les mouvements de bouche des comédiens. C’est au traducteur/adaptateur qu’appartient la mission d’y coller au mieux. Ce qui incite parfois à pencher plus facilement pour l’une ou l’autre des options.


Tout cela pris en considération, on comprend mieux pourquoi, il peut nous arriver de temps en temps de nous sentir un peu frustrés quand on attendait de façon évidente de lire ou entendre un «vous» en place du «tu». Et si la prochaine fois, à défaut de perfectionner votre anglais en bingeant votre série préférée en VO non sous-titrée, vous interrogiez votre entourage pour confronter vos ressentis, peut-être vérifieriez-vous que tout cela n’est qu’une question de point de vue.

3 則留言


suzette.s
2023年2月23日

Merci de ces précisions extrêmement intéressantes.

Suzette Sandoz

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Demarchi
2023年2月22日

A l'heure où il devient quasi impossible de trouver un texte sans mots nouveaux incompréhensibles, je trouve un peu futile de se soucier du tu et du vous, voire même stupide de croire qu'une règle va nous sauver. (binger par exemple : on a besoin de savoir ce que c'est ?)

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tj40
2023年2月23日
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Je suis d'accord avec vous sur la futilité des propos. Mais bon, ça peut faire du bien un peu de futilité dans ce monde de tartufes.


Concernant le mot binger: https://fr.wiktionary.org/wiki/binger

(c'est toujours bien d'avoir un dictionnaire collaboratif sous la main)

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