Le docteur Zouhair Lahna est un gynécologue-obstétricien franco-marocain qui travaille avec multitudes d’ONG, dont les plus importantes, sur les zones de guerre depuis vingt-cinq ans. Mali, Ouganda, Congo, Yémen, Syrie et dernièrement Gaza. Grâce à ses nombreux voyages sur place – dont trois depuis le 7 octobre – ce praticien nous livre son regard d’observateur depuis le cœur du conflit.

Amèle Debey, pour L’Impertinent: Vous êtes revenu de Gaza il y a deux semaines, c’est ça?
Dr Zouhair Lahna: C’est bien ça. Au début, ce n'était pas possible d'y aller. Ils ont ouvert un couloir pour les médecins fin janvier avec la première délégation française. J’y suis resté un mois. Puis trois semaines en avril jusqu’à l’offensive sur Rafah, depuis laquelle la seule entrée possible est à travers la Jordanie, en traversant les territoires israéliens. C’est la voie par laquelle ils laissent entrer l’aide humanitaire.
Mais cela rentre dans la propagande israélienne qui a été bien décrite par Netanyahu au Congrès américain: ils mènent une guerre propre, ils font entrer les marchandises… et je pense que nous sommes utilisés, en tant qu’humanitaires, dans cette propagande, parce qu’ils nous laissent entrer. Alors que nous, qu’est-ce qu’on fait? On essaie juste de colmater des brèches ouvertes, parce que le vrai traitement, c’est qu’il y ait un cessez-le-feu.
De par mon expérience dans les conflits, j'ai développé ce qu'on appelle la chirurgie de guerre. C’est du damage control. Je peux donc participer quand il y a un afflux de blessés qui ont besoin de stabilisation chirurgicale, parce que parfois il faut plusieurs chirurgiens pour stabiliser un seul malade. Cela demande des efforts importants qui, malheureusement dans les conflits, ne se soldent pas souvent par une réussite.
Qu'est-ce qui vous a le plus choqué sur le terrain?
Toutes les morts sont superflues. Ce qui me choque particulièrement, c'est la mort massive d'enfants. Mais également la souffrance et la surmortalité d’adultes et de personnes âgées qui n'ont plus droit à leur traitement antihypertenseur, dialyse, ou diabétique. Il y a ce qu'on appelle «les morts directes», par balle ou par bombardement. Ils sont comptabilisés jusqu'à présent à 40'000. Il y a peut-être 15 à 20’000 personnes sous les décombres, qui ne sont pas comptabilisées, ainsi que des milliers de «morts indirectes» dues à l’absence de soins dans un contexte de guerre. Celles-ci ne sont pas comptabilisées non plus.
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Par exemple: un jeune de vingt-sept ans est décédé d'une hépatite A fulminante due à une mauvaise hygiène; une femme enceinte qui fait une complication de son diabète à cause de l’absence d’insuline, dont le fœtus de neuf mois meurt, ainsi que la mère 24 heures après.
J'en ai d'autres qui font des infections postopératoires ou des septicémies, parce qu'on n'a aucun moyen de faire des bilans bactériologiques. On les traite un peu à l'aveugle. Certains développent des résistances bactériennes et meurent.
Un article sorti dans The Lancet explique qu'il y aurait trente fois plus de victimes que ce qui a été annoncé, on serait donc à 180’000.
En ce moment, le conflit à Gaza semble avoir déserté les Unes de l'actualité. Que se passe-t-il en ce moment? La situation est-elle toujours aussi catastrophique?
Bien sûr. Je pense que Gaza choque par les images. Les habitants de Gaza, pour la plupart, sont éduqués et savent utiliser les moyens de communication. Les Israéliens ont essayé de couper internet, mais ils n’ont pas pu. Ce qui les arrange car ils peuvent pister les gens. Ceux-ci filment et diffusent. Quand la guerre – ou plutôt le conflit, car c’est une guerre asymétrique comparable à une agression – dure trop longtemps, les gens ne suivent plus. Ils en ont marre. Il y a aussi les vacances scolaires qui ont mis un terme aux mouvements étudiants.
«Les gens de Gaza disent que le Hamas est allé trop loin»
Mais tous les jours, on continue à faire face à une mortalité entre soixante-dix à deux cents personnes. Les médecins que je connais sont à l’est, ils ont dû quitter leur maison. L’un d’entre eux a été encerclé pendant trois jours par des bombardements incessants. D’autres ont dû se déplacer dix, quinze, vingt fois depuis le début du conflit. Parfois les gens sont les uns sur les autres car, dans les zones où les gens pensent qu'ils vont être en sécurité, il y a une surpopulation.
C’est une guerre sur le long terme et je pense que c’est le but. Il n’y a pas de désir de cessez-le-feu. Moi qui ai connu les conflits ailleurs, comme au Yémen, au Soudan, ou encore en Libye et en Syrie, ce sont des conflits qui ne se terminent pas. Cela fait dix ans que ça dure.
Dans quel état d'esprit sont les Palestiniens? Est-ce que c’est de la colère, de la détresse, de la rage?
C’est un mélange. C'est très dur. Nous on y va trois, quatre semaines et on revient complètement fatigués, lessivés. Eux sont là-bas tout le temps. C'est terrible, c'est vraiment terrible.
En plus, c'est le seul conflit au monde duquel on ne peut pas sortir. Il n'existe aucun autre conflit au monde où les gens ne peuvent pas quitter le territoire pour se réfugier vers d’autres pays. A Gaza, l’Egypte est complètement fermée et les gens commencent à dire qu’ils sont victimes d’un conflit qu’ils n’ont pas amorcé. Ils disent que le Hamas est allé trop loin, qu’il n’a pas les moyens de mener cette guerre et que ce sont eux qui paient.
Le Hamas est la branche armée d’un mouvement dont les décisions ne sont pas prises en entente avec la population. En Occident, on a tendance à penser que les habitants de Gaza sont tous des militants islamistes.
Les Palestiniens ont-ils le sentiment d'être abandonnés par les autres pays arabes?
Complètement. Ils ne croient plus dans les pays arabes. Ce sont des pays morts qui n’ont aucun poids politique. Le Qatar se place en intermédiaire mais il n’a aucun poids. Aucun ne peut faire la moindre pression sur Israël ou les Etats-Unis.
Comment expliquez-vous ce manque de solidarité entre les pays musulmans?
C’est de la faiblesse. Quand on est faible, on ne peut pas défendre. Y compris l’Arabie saoudite qui ne peut plus utiliser l’arme du pétrole. Tous les pays arabes sont dépendants des puissances occidentales. Ils veulent tous l’éradication du Hamas.
Israël justifie son opération par l'éradication du Hamas. Mais ne sont-ils pas en train de le renforcer justement? Les Palestiniens sont-ils dans un état d’esprit de vengeance à l’heure actuelle? Quand on voit toute sa famille se faire décimer par des bombes, on peut comprendre qu’ils aient envie de rejoindre le Hamas.
Je pense qu'ils vont finir par détruire le Hamas, à moins qu’ils ne veuillent le garder parce qu’Israël a besoin d'un ennemi. Pour ce qui est de la vengeance, il faudrait encore avoir les moyens. Un conflit long de 75 ans ne peut pas se régler maintenant.
En fait, ce n’est pas une guerre contre Israël, mais contre les Etats-Unis, qui fournissent les armes, des mercenaires et de la technologie. Mais on peut citer également l’Angleterre, la France, sans compter l’Italie et l’Allemagne au début. Il s’agit d’un conflit mondial: c’est le monde contre Gaza.
La situation peut-elle s'améliorer si Kamala Harris est élue?
Non, l’Amérique est gérée par une administration, pas par un président. Par contre, Trump est le seul président qui n'a pas fait de guerre durant son mandat. On peut ne pas être d’accord avec ses prises de position – c’est lui qui a placé l’ambassade à Jérusalem – mais les deux sont alignés avec Israël. L’ovation du Congrès à Netanyahu, applaudi à chaque mot, montre qu'il est davantage un agent américain qu'un Premier ministre israélien.
Quel est l’avis des Palestiniens sur l'attentat du 7 octobre, qui a déclenché leur malheur?
Au début, ils ont pu penser que c'était une attaque chevaleresque intéressante; depuis ils ont eu le temps de comprendre que c'était une attaque irréfléchie et disproportionnée qui n’aura amené que le malheur, effectivement. Bien des gens pensent que le Hamas est tombé dans un piège et qu’on a laissé faire cette attaque pour avoir un alibi. Sans Pearl Harbor, Roosevelt ne serait jamais entré en guerre. Il faut toujours une émotion populaire pour que la riposte soit acceptée.
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Le conflit est aussi économique, puisqu’on a découvert du gaz au large de Gaza. Celui-ci sera intéressant pour l’Europe et les Etats-Unis qui n’avaient aucun intérêt de risquer qu’un mouvement de résistance puisse lancer une roquette.
Il n’y a que 25 à 30% des Palestiniens qui soutiennent le Hamas. Les médecins avec qui j’ai parlé sont neutres. Ils n’ont pas d’appartenance, ils veulent juste vivre. Mais ils sont pris en tenaille.
Quel est le but de tout ça? L’éradication de la Palestine?
Non, mais comme le dit Netanyahu, ils veulent changer les programmes scolaires pour former une génération qui accepte d’être dominée.
Comment est-ce que les Palestiniens voient tout ça se terminer?
Ils ne voient pas le bout en fait. Beaucoup de gens qui ne voulaient pas partir sont en train d’y réfléchir, parce qu’ils ont tout détruit.
Comment allaient-ils avant le 7 octobre?
Malgré les difficultés, malgré la gouvernance du Hamas qui est quand même assez dure, ils avaient le sentiment d’avancer, de progresser. Ils avaient tout de même une belle vie, car Gaza est une ville côtière très agréable. Même dans cette prison à ciel ouvert, qui fait 40 km de long sur 8 km de large et 13 dans le sud, ils arrivaient à voir une vie correcte.
Maintenant, Israël a tout détruit dans une guerre pour moi fomentée. Elle a détruit toutes les infrastructures et l’endroit est devenu invivable et sans avenir. Surtout pour les gens qui ont des enfants. Pas d’éducation possible, 17'000 enfants morts, 2000 qui ont perdu des membres et dont les survivants n’ont plus comme principal but dans la vie que d’aller chercher du papier pour le feu ou de l’eau. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. Tous ces petits de huit ou dix ans en train de porter des bidons de vingt litres qui leur cassent le dos tous les jours. La plupart sont mal habillés et déambulent les pieds nus.
On a démoli un pays et une population.
Souffrent-ils de famine?
Pas vraiment, à part quelques épisodes dans le nord. On ne les laisse pas mourir de faim. De temps en temps on va ouvrir le robinet et laisser faire entrer un peu de farine. La vie est devenue très chère, les gens ont consommé toutes leurs économies. On assiste au développement d’une économie de guerre. Désormais des milices protègent les camions de vivres, car il n’y a plus de police. Les conflits sont gérés entre les citoyens. Heureusement qu’il subsiste quelques règles de conduite au sein de la population, ce qui fait qu’il n’y a pas de vendetta, d’agressions sexuelles, etc. Il y a des règles de vivre ensemble.
Ceci dit, plus la guerre dure, plus on va voir ressortir toutes les perversités de l’être humain. Parfois, pour vivre, celui-ci s’éloigne de ses idéaux.
Lors de son discours au Congrès américain, Netanyahu a dit qu’il y avait peu de victimes civiles à Rafah. Qu’est-ce que cela vous inspire?
Les Israéliens disent que Netanyahu ne ment pas seulement quand il n'ouvre pas la bouche. Il répète toujours les mensonges du 7 octobre: les femmes violées, les bébés décapités, bien que toute la presse israélienne, toutes les enquêtes montrent que ça n’a pas existé, que c’était pour attiser l’émotion.
Ce qui a pour conséquence que beaucoup de jeunes soldats israéliens, même réservistes, viennent et tuent pour se venger, parce qu'on leur a menti. Certains relativisent la mort d’enfants par le fait que ce sont des islamistes à venir. Comme dans l’histoire de Moïse avec le pharaon qui fait tuer les enfants pour éviter l’arrivée de celui qui sera sa perte. Que les Israéliens répètent ce qu’a fait pharaon à leurs ancêtres, c’est terrible.
Que savez-vous de la position du peuple israélien dans cette guerre? Y a-t-il des médecins israéliens à Gaza, par exemple?
Non. Selon le célèbre journaliste de Haaretz, Gideon Levy, 98% des Israéliens d’Israël – il faut différencier les juifs des Israéliens – sont pour cette guerre. Parce que la propagande est telle qu’on ne leur permet pas d’avoir un autre avis, ni de s’apitoyer sur les images des enfants déchiquetés afin qu’ils réalisent que cette guerre ne peut qu’engendrer de la haine et qu’ils peuvent gagner aujourd’hui, mais pas dans dix ans.
Israël tente aussi de sauver ses otages.
On ne sauve pas des otages en les bombardant, ça n'a jamais existé. Les otages on les récupère en négociant.
«Ce qui vaut pour l’Ukraine ne vaut pas du tout pour Gaza»
De mon point de vue, il y aura un après-Gaza. Ce qu’on appelle le sud global ne croira plus aux balivernes des Droits de l’homme. On se rend compte que toutes ces belles paroles occidentales ne sont que des mensonges et que ce qui vaut pour l’Ukraine ne vaut pas du tout pour Gaza. On peut bannir les joueurs russes aux JO et pas les autres. Et ce deux poids, deux mesures est tellement flagrant qu'il n'est pas acceptable. De mon point de vue, c'est une plaie profonde qui va rester béante pour longtemps.
Quand l’IRA a tué beaucoup de personnes innocentes à Londres dans des attentats, l’armée anglaise n’a pas rasé Belfast pour autant. On ne peut pas travailler de cette façon-là.
Une pensée colonisatrice très ancienne dit qu’on peut négocier avec les communistes mais pas avec les islamistes. Ceux-ci, il faut les éliminer. C'est très ancré dans la pensée occidentale en général, et les Israéliens qui gouvernent Israël sont, pour la plupart, des ashkénazes, donc des Occidentaux. Ce ne sont pas des juifs séfarades, plus proches des arabes et des musulmans et qui ont vécu avec eux, bien qu’il y en ait aussi chez les soldats qui sont en train d’exterminer joyeusement les Palestiniens actuellement.
Il y a eu beaucoup de désinformation sur ce conflit, comme sur les autres d’ailleurs. Est-ce vrai que le gouvernement israélien prévient la population avant de frapper?
Bien sûr qu'elle prévient, sinon ce serait des milliers de morts par jour. Elle prévient des quartiers avant d’entrer pour que les gens partent. Ou dans de grands immeubles de vingt étages pour que les gens sortent.
Mais elle ne prévient pas quand il y a quelqu'un d’important pour elle à éliminer. Le 13 juillet dernier, ils ont tiré dans une zone où ils pensaient trouver un membre du Hamas. Ils ont tué 70 personnes. Dommage collatéral.
Les cibles sont calculées par l’intelligence artificielle, qui les a multipliées par dix. Celle-ci se base sur des données. Et donc, quand vous avez face à vous une population que vous ne respectez pas, que vous avez déshumanisée et que, quoi que vous fassiez, vous ne serez jamais traîné devant un tribunal, vous bénéficiez d’une impunité tranquille, vous ne retenez pas les coups.
«L'aide humanitaire est captée par des profiteurs de guerre»
A-t-on vu des soldats américains, ou même George Bush, traîné au tribunal parce qu’avec Colin Powell il a fait un million et demi de morts sur un mensonge? Rien! Il ne se passe rien. Les Etats-Unis ont appris de la guerre du Viêt-Nam qui a été arrêtée à cause de la presse. C’est bien pour cela qu’aucun journaliste n’a le droit d’aller à Gaza.
On voit passer beaucoup de remises en question des chiffres de mortalité. Est-ce que les chiffres du Hamas sont fiables?
Les experts qui ont calculé par rapport au nombre de bombes tombées (trois fois Hiroshima) disent que les chiffres de Hamas sont très sous-estimés. On sait qu’il y a actuellement 180'000 morts, pas 40'000. Car le Hamas ne compte que ceux qui sont déclarés, ils sont en deçà du réel.
Que s’est-il passé avec l’UNRWA?
L’UNRWA est une agence de l’ONU qui existe depuis 75 ans, mise en place pour les réfugiés palestiniens. Les ancêtres des habitants de Gaza viennent de villages actuellement situés en Israël, en Palestine historique. Lors de la création d’Israël, il a fallu chasser les gens qui habitaient là-bas et qui sont dans des camps de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Syrie et en plein territoires palestiniens qui sont Gaza et la Cisjordanie. Pour les aider, l’ONU a mis en place un système au niveau alimentaire, sanitaire et éducatif. Tout cela est subventionné depuis 75 ans.
A priori, parmi les 1200 personnes qui ont participé à l’attaque du 7 octobre, il y a sept fonctionnaires de l’UNRWA, qui compte 30'000 employés. On a donc décrété que l’UNRWA était terroriste.
L’aide humanitaire est-elle efficace?
Non. Elle est captée par des profiteurs de guerre. Elle est captée par quelques voleurs qui sont soutenus par l'armée israélienne. La vie est devenue très, très chère à l'intérieur du territoire. Les gens ne mangent plus de fruits et légumes. Il y a juste des bases, comme de la farine, surtout dans le Sud. C’est dans le nord qu’il y a des morts par malnutrition et des enfants rachitiques.
Là également, il y a beaucoup de complications pour les personnes âgées qui sont restées car elles ne pouvaient pas se déplacer et sont mortes suite à l’absence de dialyse. Si une insuffisance rénale n'est pas traitée pendant un mois, le patient meurt. Un diabétique qui n’a plus d'insuline meurt. Un hypertendu qui ne prend plus son médicament antihypertenseur va faire un AVC ou une crise cardiaque et va mourir. Pareil pour les cancéreux qui n’ont pas leur chimiothérapie. Tout cela représente des morts par dizaine, tous les jours.
En fait j'ai assisté à la destruction d'un peuple.
Vous semblez assez critiques envers certaines ONG internationales, notamment vis-à-vis des ONG musulmanes. Pourquoi?
Je les connais bien. Elles sont en train de se partager le butin. Les ONG internationales courent vers les guerres car elles savent que des subventions vont tomber. Celui qui donne les subventions a un agenda politique.
Vous êtes en train de vous en prendre à vos employeurs, là, non?
Je suis parti à Gaza avec des petites ONG. Là je parle des plus importantes. D’ailleurs la plus grande est américaine. Comment les Américains peuvent-ils fournir les bombes au quotidien et approvisionner les hôpitaux?
Les seconds après eux ce sont les ONG anglaises, puis les françaises. Ce n’est pas possible! Ce sont les pays les plus impliqués! Tandis que les ONG des pays arabes sont très loin derrière et n’ont même pas de stratégie. De plus, les ONG sont en train d’attiser des conflits supplémentaires en payant leurs employés 3000 dollars alors que les autres sont payés 200 dollars, car les ONG internationales paient au tarif européen. Elles sont en train de disloquer le pays.
Vous avez également évoqué le démantèlement d’une gestion centralisée de la santé en mettant notamment en cause l'OMS. Pourriez-vous développer?
Parce que c’est l’OMS qui chapeaute tout ça. C’est l’OMS qui a la mainmise sur la santé. Ils sont en train de préparer l’après-Hamas. Ce sera géré par les ONG, dont l’OMS est le chef d’orchestre et on arrivera à une colonisation indirecte, avec un beau visage sympathique d’aide.
Croyez-vous encore au cessez-le-feu?
Non, je crois que c'est une guerre qui va s'enliser sur des années, comme en Syrie. Les habitants de Gaza ne se sentiront jamais en sécurité et sans cela, on n’avance pas. On cherche à sauver ses enfants par tous les moyens.
«C’est une guerre contre les femmes et les enfants»
C’est ce que j'ai ressenti en discutant avec des gens qui sont là depuis longtemps, qui ne veulent surtout pas quitter leur pays. Mais avec ce conflit qui dure, avec la mort qui frappe du ciel à n'importe quel moment, où le risque de mourir est mille fois supérieur à n’importe quel autre endroit dans le monde, on ne peut pas parvenir à trouver de l’apaisement.
En tant que médecin, dans ma pratique, j’ai de l’empathie. Je me mets à la place de mes collègues et des patients: ce n’est pas une vie, c’est tout bonnement impossible de vivre au bas de l’échelle de Maslow tous les jours.
Imaginez que vous êtes une femme à Gaza: il n’y a ni sous-vêtement, ni toilettes, ni protection menstruelle, vous ne pouvez pas vous laver. Pour moi, en tant que gynécologue, c’est une guerre contre la population, mais surtout contre les femmes et les enfants. On a tué l’avenir des enfants et l’intimité des femmes. Si les femmes ne tiennent pas le coup, aucun mouvement de résistance ne peut tenir.
Merci pour cet article qui va au-delà de la poudre à canons et de la poudre aux yeux des médias traditionnels.
C’est terrible ce qui se déroule, on se sent terriblement impuissant.
Comment lire cet article sans être révolté par l'indigence de nos médias officiels? Quand aurons-nous aussi des interviews d'Israélites (de Juifs? Je ne sais jamais comment désigner correctement les ressortissants de l'Etat d'Israël) portant un jugement critique sur la politique de M. Netanyahou? Il doit bien y en avoir. Tout ce qui se passe est tellement atroce.
Merci pour cet article qui distingue encore une fois l'Impertinent de la presse aux ordres.
Quoiqu'il en soit, il est bien vrai qu'on ne s'en sortira pas et que les israéliens ne font qu'aggraver
la situation.
Supprimer le Hamas ?? Quelle belle illusion !
Netanyahu et sa clique (les américains entre autres) le savent bien : on ne supprime JAMAIS une idéologie.
Et leur action actuelle ne fait que la renforcer en ancrant pour des générations la haine du juif, pas seulement de l'israélien.. Décidément, ils ne retiennent pas les leçons de l'histoire, dans ce triste monde de l'immédiateté.
merci pour ce reportage.
j'en peux vraiment plus des psychopathes américains et israéliens.
la politique étrangère américaine détruit ce monde